L’âgisme, un enjeu de société

Ghani Benhassel

Conseiller en emploi | Membre partenaire de la Table de concertation des aînés du Haut-Richelieu

À l’occasion du salon Vitalité 2026, nous nous sentons interpellés et saisissons cette opportunité pour aborder le sujet de l’âgisme. Il s’agit d’un phénomène assez répandu au sein de la population, mais dont on parle peu et qui peut avoir un impact sur la santé des personnes aînées.

Selon l’OQLF (Office québécois de la langue française), l’âgisme est considéré comme une tendance à déprécier les personnes plus âgées en raison de leur âge, en les traitant différemment des autres.

Quand l’âge prend le dessus sur les compétences

Dans l’exercice de nos fonctions auprès des personnes retraitées ou préretraitées, nous entendons régulièrement des récits qui se ressemblent et avons pu constater, à travers leurs témoignages, les situations d’âgisme qu’elles ont vécues dans certaines circonstances. Ce sont des travailleuses et travailleurs expérimentés qui souhaitent retourner ou se maintenir en emploi après l’âge légal de la retraite afin de rester actifs et de continuer à contribuer à l’activité économique du Québec.

Des candidates et des candidats compétents voient parfois l’intérêt d’un recruteur diminuer au moment de l’entrevue de sélection, dès que leur âge devient apparent. D’autres, déjà en emploi, sentent que leur expérience est moins reconnue et sont encouragés à quitter leur emploi et à prendre leur retraite afin d’être remplacés par des personnes plus jeunes.

Des travailleuses et travailleurs expérimentés toujours bien présents

Ces situations ont un nom : l’âgisme, un préjugé discret, mais bien réel! Dans ce cas, l’âgisme consiste à juger une personne en fonction de son âge plutôt que de ses compétences. Les données de l’Institut de la statistique du Québec montrent pourtant que le taux d’emploi des personnes âgées de 65 à 69 ans a constamment augmenté entre 2005 et 2021, passant de 16 % à 25 % chez les hommes et de 9 % à 16 % chez les femmes. Il ne s’agit donc pas d’un phénomène marginal : les travailleuses et les travailleurs expérimentés occupent une place essentielle dans notre économie.

Un paradoxe dans un contexte de besoins de main-d’œuvre

Le Québec cherche à répondre à ses besoins de main-d’œuvre tout en invitant les personnes âgées de 60 ans et plus à envisager la poursuite de leur carrière. Pourtant, certaines d’entre elles doivent encore démontrer qu’elles ne sont pas « trop âgées » pour contribuer au marché du travail. Plusieurs études menées par l’INSPQ (Institut national de santé publique du Québec) mettent en évidence les répercussions de l’âgisme envers les personnes qui le subissent, notamment sur leur santé mentale et physique.

Nous citons, selon cet institut, au Québec, l’âgisme est d’ailleurs considéré comme une forme de maltraitance et comme un contexte sociétal susceptible d’accroître le risque de maltraitance envers les personnes aînées.

Ceci conforte notre constat à ce sujet et confirme que cet enjeu doit être pris en charge sérieusement par les différentes parties concernées : les employeurs, les équipes de travail multigénérationnelles, les services de santé offerts à la population ainsi que l’ensemble de la population.

Il est nécessaire de prévenir les situations d’âgisme en sensibilisant les différents acteurs, en les informant et en mettant en place des mesures concrètes dans le souci de permettre aux personnes aînées concernées de vieillir en santé, tout en maintenant la vitalité et le dynamisme nécessaires pour continuer à contribuer à l’essor économique du Québec.

Porter un nouveau regard sur l’expérience

Nous devons porter un nouveau regard sur les travailleuses et les travailleurs expérimentés. Il y a nécessité d’une prise de conscience collective. Le défi n’est pas de convaincre toutes les personnes retraitées de retourner au travail, mais de veiller à ce que celles qui le souhaitent soient traitées avec équité.