Portrait Employé Quartier de l’emploi : Jonathan Pépin

Pour célébrer le Mois de l’histoire des Noirs, l’ANCRE présentera tout au long du mois de février des personnalités différentes issues de la communauté noire.

Chacun des portraits présentera leur parcours professionnel et personnel ainsi que les obstacles et défis auxquels ils ont été confrontés. Grâce à ces entrevues, le grand public pourra mieux comprendre et saisir leurs enjeux, comment leur emploi influence leur perception du milieu et comment ils amènent un regard nouveau sur l’intégration de nouveaux arrivants.

À leur manière, ils font une différence en matière d’intégration et d’orientation en occupant des postes qui peuvent agir de manière positive sur la perception des gens face aux personnes noires dans leur milieu de travail. Comme la mission principale est d’aider les gens, ces portraits auront pour but d’inspirer, favoriser la rencontre de l’autre et sensibiliser la population à la réalité des gens issus de leur communauté noire.

 

Haïtien d’origine, Jonathan Pépin, agent de communication pour le Quartier de l’emploi, établi au Québec depuis 1979, nous raconte son parcours professionnel et personnel rempli de rebondissements et de résilience.

                                                                                                                   

 

Né à Cap-Haïtien, enfant issu de l’adoption internationale, Jonathan arrive au Québec en avion après avoir séjourné quelques mois dans un orphelinat de Port-au-Prince. Un membre de l’aide internationale, qui était à Haïti à ce moment-là, ramène Jonathan au Canada; dans les bras de sa mère, de son père, et de sa sœur, adoptée trois ans auparavant de la Corée du Sud. À ce moment, une famille multiethnique en avance sur le temps se complétait. Dans une société en pleine transformation, Jonathan allait vivre toutes sortes d’expériences de vie dont le point commun allait être la couleur de sa peau. N’ayant aucun accent créole, Jonathan se retrouvait donc entre deux mondes; partagé entre son origine haïtienne et son identité québécoise.

 

Connaître des origines

En 1979, le Canada recevait beaucoup de demandes d’adoption internationale. Beaucoup de ces demandes ciblaient des pays comme Haïti, qui vivait alors un épisode tumultueux de son histoire. La dictature de la dynastie Duvalier et les nombreuses tueries dans les années 70 forcèrent plusieurs Haïtiennes à souhaiter un avenir meilleur pour leurs enfants naissants. Des diasporas haïtiennes furent créées à ce moment-là et étaient principalement situées aux États-Unis et au Canada. L’adoption internationale devient également une avenue intéressante pour des milliers d’enfants haïtiens; confirmant du même coup la gravité et la sévérité de la situation politique d’Haïti. Une précarité qui est devenue monnaie courante pour la « Perle des Antilles ».

 

Au Québec, le Code civil régit l’adoption seulement en 1982. Il est fort probable qu’en 1979, certaines procédures ont été faites avec moins de soucis et d’attention aux besoins des enfants adoptés que présentement. Il fallait donc que les parents adoptifs prennent sur eux de déployer divers moyens pour que l’enfant adopté puisse s’intégrer le plus facilement possible dans sa nouvelle famille. Lui parler de son pays d’origine en mots et en images; répondre aux interrogations de celui-ci dans le but de comprendre davantage cet enfant et ses besoins.  Pour les parents de Jonathan, ce fut une occasion d’essayer plusieurs avenues : le sport, la danse et la musique; afin de découvrir ce qui le passionnait d’abord et avant tout. Jonathan a vite compris qu’il avait l’âme d’un artiste; préférant la danse, le théâtre, l’improvisation et la musique aux sports pratiqués à l’époque au Québec (baseball, hockey).

 

Les études avant tout

Dans le désir de lui offrir une bonne éducation, Jonathan fréquente l’école secondaire Marcellin-Champagnat à Saint-Jean-sur-Richelieu. Ayant demeuré dans cette ville depuis sa tendre enfance, Jonathan a eu l’occasion de prendre sa place, d’avoir beaucoup d’amis, mais surtout de prendre confiance en lui au travers l’art, la musique et la danse. Après avoir complété deux ans de cégep en « cinéma », une opportunité qui ne pouvait pas se refuser se présente à lui. Faire partie d’une des premières cohortes de « création de Jeux Vidéo » au Centre NAD à Montréal. Il y complète son diplôme et se fait immédiatement engager par Ubisoft; une des premières compagnies de jeux vidéo à venir s’établir à Montréal. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Après avoir travaillé trois ans dans l’industrie du jeu vidéo, Jonathan a vite compris que des 60 heures par semaine et plus monopolisaient beaucoup de temps dans un horaire et que sa qualité de vie en souffrait encore plus. Voulant continuer d’explorer plusieurs champs d’intérêt, notamment tout ce qui relève du domaine de la création, Jonathan enchaîne de petits boulots tout en poursuivant ses études en « organisation événementielle » à l’ESB (École du Show-Business) également située à Montréal. Un an et demi plus tard, diplôme en main, Jonathan retourne s’établir à Saint-Jean-sur-Richelieu pour faire profiter sa région de ses connaissances et son expertise en organisation d’événements. Jonathan a appris à la dure que vouloir démarrer sa propre entreprise d’organisation événementielle n’était pas une mince affaire et que faire sa place dans un milieu très « fermé » (sélect) était extrêmement difficile, grâce, entre autres, au manque de contacts locaux et d’occasions professionnelles.

 

Après la tempête, le beau temps

Jonathan vit par la suite un creux professionnel et personnel. À la suite du décès de sa mère en 2015 et de son père en 2016, il entre dans une période difficile de deuil, de déception et de découragement. Enchaînant les contrats à la pige, Jonathan n’avait pas l’enthousiasme d’avant; il cherche néanmoins des occasions de « briller » pour se sortir de cette phase qui somme toute a déclenché une énorme remise en question sur sa place dans la société et comment il pourrait contribuer efficacement à son épanouissement personnel et professionnel.

 

En 2018, Jonathan fait la rencontre de sa future conjointe, qui à ce moment-là, était mère monoparentale de deux enfants. Ce fut une rencontre décisive à plusieurs niveaux; Jonathan se réalisait au travers d’un projet de vie. Avec sa nouvelle réalité, être beau-père de deux garçons, débordant d’énergie, Jonathan trouve un nouveau sens à sa vie. Il est dans l’action, la découverte, dans le nouveau; chaque jour est rempli de petits défis qu’il surmonte avec l’aide et le soutien de sa conjointe. Il brille de mille feux grâce à ce nouveau rôle qu’il incarne. Il se concentre alors sur l’aspect de sa vie qui le comble de bonheur. Il se sent aimé, apprécié à nouveau. Porté par cet amour inconditionnel, Jonathan se remet à ses recherches d’emploi en gardant en tête que l’emploi qu’il décrocherait serait représentatif de ce qu’il est maintenant. Une version améliorée de lui-même avec l’envie de vouloir contribuer activement à l’amélioration d’une société en constante évolution.

 

C’est là qu’entre en jeu le Quartier de l’emploi, qui est à ce moment-là, à la recherche d’un agent de communication. Heureux et fier de son entrevue d’embauche, il rêve déjà de pouvoir intégrer l’équipe du Quartier de l’emploi, car l’emploi lui correspond à plusieurs niveaux. Non seulement il ferait partie d’un organisme qui œuvre activement sur le terrain pour contrer l’exclusion sociale, mais répond également aux différents enjeux en lien avec l’employabilité régionale. Le Quartier de l’emploi préconise la collaboration, l’inclusion, la bienveillance, l’autonomie et l’engagement; des valeurs qui correspondent parfaitement à Jonathan à ce moment précis de sa vie. Dans cet état d’esprit, Jonathan se sent automatiquement plus « utile » sachant qu’il contribuera activement à l’amélioration des parcours de vie des personnes accompagnées. Pour Jonathan, la résilience a été sa meilleure amie. Croire en soi et en ses capacités représente quelques pas de plus vers la réussite personnelle et professionnelle.

 

Pour en savoir plus sur les activités de L’ANCRE relatives au mois de l’histoire des Noirs : Mois de l’histoire des noirs | L’Ancre (lancre.ca)